Sortie de route pour le ministre Cliche

Le ministre David Cliche traçait vendredi dernier le bilan "positif" de ses interventions en matière d'Internet et d'Autoroute des communications.

Bien entendu, il a sagement évité de mentionner que, deux jours auparavant, il avait abandonné son projet de courriel visant à doter tous les citoyens du Québec d'une adresse électronique permanente. "Le projet coûtait trop cher", avait-il expliqué.

Les quelque 7 millions d'adresses prévues représentaient, en effet, une dépense de quelque 30 millions par année, et le ministre — qui pilotait le projet depuis mai 1999 —, s'est finalement rendu compte (sic) que les courriels étaient offerts... gratuitement partout sur l'Internet. Le projet gouvernemental "semblait faire double emploi" a

déclaré le ministre (!!!)

Québec a investi 528 000 dollars dans ce projet pilote, somme qui aura permis de "définir les règles de confidentialité, de protection des renseignements personnels, d'éthique et de fonctionnement" qui devraient être appliquées dans tout site voué

au courriel, a précisé M. Cliche. "Mais, les lois québécoises ne s'appliquent évidemment pas aux fournisseurs situés à l'extérieur du Québec". Et ça nous a coûté 528 000 $ pour apprendre ça!

Dans son bilan "positif", le ministre Cliche se refuse à l'adhésion des Québécois à des branchements américains gratuits, parce que ces sites offrent la gratuité en échange de publicité. Le ministre confirme donc la thèse de son collègue Guy Julien, ministre de l'Industrie et du Commerce, qui déclarait — aussi la semaine dernière —, "qu'il fallait éviter d'exposer les familles — et les enfants — à trop de publicité". Cela justifie la dépense de 120 millions pour brancher les familles québécoises, qui doivent être protégées contre l'envahisseur annonceur.

Quel argument fallacieux!

Les deux ministres savent-ils que les trois quarts des enfants du Québec chaussent des Nike ou des Adidas? Que tous les p'tits gars et p'tites filles du Québec jouent au hockey l'hiver avec le chandail du Canadien ou celui de l'Avalanche du Colorado? Que toute la famille regarde la soirée du Hockey Molson à Radio-Canada diffusée en direct du Centre Molson ? Que l'été venu, les jeunes roulent sur des Rollerblade? Qu'eux-mêmes jouent au golf les fins de semaine avec des balles et des bâtons Wilson? Qu'ils se promènent de conférences de presse en conférences de presse dans leur complet trois pièces bleu marine signé Daniel Spécialités? Où est-ce que vous allez donc avec vos Head (vos skis), messieurs les ministres?

Les enfants américains seraient-ils menacés de devenir plus débiles que les petits Québécois parce que plus exposés à la publicité sur Internet ? Et que dire des familles françaises qui bénéficient depuis longtemps du branchement gratuit à I'lnternet, dans toutes les régions, via le serveur FreeFrance (sic) et qui, oui, présente de la publicité sur son portail. On peut consulter le site à l'adresse

http://inscription.free.fr/

Le gouvernement aurait-il l'intention de forcer les petits Québécois à porter un bandeau (subventionné) sur les yeux chaque fois qu'ils mettent les pieds dans un dépanneur ?

On s'e-mail et on déjeune

Avec le branchement gratuit à l'Internet dont je bénéficie (sans publicité indue, je -vous ferai remarquer), je peux me permettre de vous offrir le déjeuner (virtuel), monsieur Cliche. Cependant j'exige que vous apportiez votre calculatrice. Je croyais que votre gouvernement — avec Jacques Parizeau en tête —, avait été l'un des premiers ténors de la mondialisation du commerce et principalement de la libre (et saine) concurrence, en adhérant notamment aux accords de 1'ALENA.

Qu'est-ce qui empêche aujourd'hui les fournisseurs québécois de faire une saine concurrence à ceux des États-Unis, en offrant aussi le branchement gratuit avec publicité entièrement québécoise?

Ils ne le feront pas, monsieur le ministre. Parce que tous les conseils d'administration des quelque 200 fournisseurs québécois de branchement à l'Internet sont morts de rire, depuis le lancement de votre programme au début de mai, ayant remporté le gros lot de la 6/49 sans même avoir acheté de billets.

Mais il y a plus! Selon les statistiques, 80 % des internautes fréquentes assidûment les sites pornographiques, alors que 15 % en sont complètement accros (c'est ici que vous devez sortir votre calculatrice). Faites le compte: le gouvernement du Québec a donc débloqué 96 millions (120 millions X 80 %) pour permettre aux Québécois... de se rincer l'œil, alors que 18 millions (120 millions X 15 %) sont actuellement consacrés à la totale débauche cybernétique.

Dans un article publié à la une La Presse de mardi dernier, Erin McClam de l'Associated Press faisait état des conclusions des spécialistes du "cybersexe" réunis à Atlanta. "La dépendance suscitée par le sexe interactif sur Internet prend la forme d'une épidémie aux conséquences dramatiques: couples défaits, troubles du comportement et obsessions affectant tout le prisme démographique, de la ménagère au chef d'entreprise". Dans votre budget, monsieur le ministre, avez-vous prévu un poste pour venir en aide aux familles prises dans le tourbillon de la porno subventionnée par votre gouvernement?

Naturellement, le ministre déclarera qu'il n'y a aucun problème parce que les sites porno étant en majorité en Anglais. Les Québécois ne parlant pas cette langue...

À la lumière de ces informations, n'y aurait-il pas lieu de croire que si l'industrie pilotait elle-même sa barque sur l'autoroute de l'information, les forces vives en présence résoudraient leur propre problèmes, et parviendraient à offrir un service adéquat et à meilleur coût(alors que le gouvernement pourrait s'occuper d'éducation en matière d'Internet, comme son rôle le commande).

À l'heure de son bilan "positif", le ministre peut bien clamer tous azimuts qu'il est fier de sa politique de l'Autoroute de ,Information. Personnellement, je continue à croire que Clique "a pogné l'clos".